Reprendre un commerce ou une gérance : le guide pour démarrer
Fonds de commerce, location-gérance, gérance-mandat : reprendre un commerce ne suit pas les mêmes règles que racheter une société. Apport, bail, licence, stock — le parcours complet du repreneur de commerce.

Reprendre un commerce peut passer par trois voies : l'achat du fonds de commerce (clientèle, bail, matériel, stock), la location-gérance (exploiter sans acheter, contre redevance) ou la gérance-mandat (gérer pour le compte du propriétaire). L'apport nécessaire va de quasi nul en gérance à 20-30 % du prix en achat de fonds. Le bail commercial et la licence sont les deux points de vigilance n° 1.
Reprendre un commerce ne suit pas les mêmes règles que racheter une société. Le fonds de commerce, la location-gérance et la gérance-mandat sont trois voies distinctes avec leurs propres mécanismes juridiques, leurs propres exigences en apport, et leurs propres pièges. Cette page présente le parcours complet du repreneur de commerce : les trois voies possibles, l'apport nécessaire, les points de vigilance spécifiques (bail commercial, licence, stock), et les canaux pour trouver une cible.
Commerce vs société : deux mondes de reprise différents
Le reste du site Olance couvre principalement la reprise de PME : cession de titres, holding de reprise, montage LBO, engagement Dutreil si transmission familiale. Cette page couvre l'autre monde : la reprise de commerce et de fonds de commerce, qui obéit à des règles distinctes. Deux différences structurantes :
- Ce qui est vendu : dans une reprise de PME, ce sont les titres (actions ou parts sociales) qui changent de mains — l'acquéreur reprend la société avec tout son passif. Dans une reprise de commerce, c'est un ensemble d'actifs (fonds de commerce = clientèle + bail + matériel + enseigne, éventuellement + stock) qui est vendu — les dettes de l'exploitant précédent NE sont PAS reprises par l'acquéreur, ce qui est un avantage majeur.
- Le régime fiscal et juridique : la cession de fonds relève des articles L141-1 s. du Code de commerce (formalisme spécifique, séquestre du prix, solidarité fiscale) et de droits d'enregistrement (0 à 5 % selon la tranche de prix). La cession de titres relève des règles sur les plus-values mobilières (PFU 31,4 % ou barème + PS) et de droits d'enregistrement inférieurs (0,1 % SAS, 3 % SARL après abattement).
Pour la reprise de PME classique (cession de titres, LBO, holding), voir le guide dédié — cette page se concentre sur le commerce.
Voie 1 : acheter le fonds de commerce
L'achat du fonds de commerce est la voie la plus fréquente pour reprendre un commerce actif — restaurant, bar, hôtel, boulangerie, coiffeur, garage, magasin de détail, atelier artisanal. Ce que l'acquéreur reçoit :
- La clientèle attachée au fonds — l'actif principal, souvent le plus valorisé.
- Le droit au bail commercial (bail transféré à l'acquéreur, avec ses conditions actuelles).
- L'enseigne, le nom commercial, les marques éventuelles attachées au fonds.
- Le matériel d'exploitation (équipements, mobilier, outillage) inventorié.
- Éventuellement les licences transmissibles (licence IV pour les débits de boissons).
- Le stock — négocié SÉPARÉMENT au prix de revient ou selon inventaire contradictoire, pas inclus par défaut dans le prix du fonds.
Ce qui N'EST PAS repris — avantage clé vs rachat de société : les dettes de l'exploitant précédent (dettes fournisseurs, dettes fiscales et sociales, contentieux) restent à sa charge personnelle et ne suivent pas le fonds. C'est pourquoi le prix est bloqué par un séquestre pendant 3 à 5 mois après la vente (opposition des créanciers + solidarité fiscale du vendeur), pour permettre à l'administration fiscale et aux créanciers de se manifester.
Droits d'enregistrement 2026 : 0 % jusqu'à 23 000 €, 3 % de 23 000 à 200 000 €, 5 % au-delà. Sur un fonds à 300 000 €, les droits représentent (200 000 - 23 000) × 3 % + (300 000 - 200 000) × 5 % = 5 310 + 5 000 = 10 310 €. Ces droits sont à la charge de l'acquéreur en principe (négociable dans l'acte).
Pour la comparaison fiscale complète fonds vs titres, voir l'article dédié.
Voie 2 : la location-gérance
La location-gérance (art. L144-1 et suivants du Code de commerce) permet à un repreneur d'exploiter un fonds de commerce dont il n'est PAS propriétaire, contre le versement d'une redevance mensuelle au propriétaire du fonds. Le repreneur devient exploitant (avec toutes les responsabilités civiles, sociales et fiscales) mais ne possède pas le fonds.
- Pour qui c'est fait : repreneur qui veut tester une activité avant d'acheter, repreneur avec faible apport, propriétaire qui veut confier son fonds sans le vendre (transition vers la retraite, incapacité temporaire, diversification patrimoniale).
- Apport nécessaire : quasi nul — seul le dépôt de garantie et le fonds de roulement sont à financer, pas le prix du fonds lui-même. C'est la voie la plus accessible pour un primo-repreneur sans épargne significative.
- Pièges à connaître : le locataire-gérant ne constitue PAS de clientèle propre (elle reste attachée au fonds du propriétaire), il est totalement dépendant du renouvellement du contrat (durée typique 1-2 ans renouvelable), et son indemnité de fin de gérance est faible ou nulle si le contrat n'est pas renouvelé.
- Conditions : le fonds doit avoir été exploité depuis au moins 2 ans par le propriétaire (protection anti-spéculation), et le locataire-gérant doit être immatriculé au registre du commerce comme commerçant.
Voie 3 : la gérance-mandat
La gérance-mandat est un statut hybride : le gérant-mandataire exploite le fonds pour le compte du propriétaire, en son nom, contre une rémunération (fixe + variable selon résultats). Contrairement au locataire-gérant, il n'est PAS un commerçant indépendant — c'est le propriétaire qui reste titulaire du fonds et qui supporte les risques d'exploitation.
- Secteurs typiques : stations-service (mandat des grandes enseignes pétrolières), hôtellerie de chaîne (mandat des groupes hôteliers), certaines boutiques de franchise. Peu utilisé dans le commerce indépendant classique.
- Différence avec location-gérance : le locataire-gérant est un chef d'entreprise autonome qui prend le risque commercial (bénéfices et pertes lui reviennent) ; le gérant-mandataire est un opérateur salarié-mandataire dont la rémunération est encadrée.
- Pour qui c'est fait : repreneur qui veut un revenu sécurisé sans prise de risque commercial, ou test grandeur nature avant achat d'une franchise. Peu de perspective de plus-value patrimoniale.
Reprendre un commerce sans apport : est-ce possible ?
La réponse dépend de la voie choisie :
- Gérance-mandat : oui, quasi sans apport nécessaire — l'investissement propre est minime, souvent limité à quelques milliers d'euros pour le fonds de roulement personnel.
- Location-gérance : oui, avec un apport très faible — dépôt de garantie (3 à 6 mois de redevance) + fonds de roulement initial (typiquement 5 000 à 20 000 €).
- Achat de fonds de commerce : non, sauf montages spécifiques — l'apport attendu par les banques est de 20 à 30 % du prix du fonds. Sur un fonds à 200 000 €, cela représente 40 000 à 60 000 € d'apport personnel.
Leviers pour réduire l'apport en achat de fonds : le prêt brasseur (financement partiel par un fournisseur brasseur dans les CHR, en contrepartie d'un contrat d'approvisionnement), le crédit-vendeur (partie du prix payée en différé, sur 3 à 5 ans, garantie par le fonds), le prêt d'honneur (Initiative France, Réseau Entreprendre, à taux zéro sans caution personnelle, en complément d'un prêt bancaire). Voir l'article dédié pour les montages sans apport.
Les 4 points de vigilance spécifiques au commerce
- Le bail commercial. Durée restante avant renouvellement, loyer actuel et loyer futur potentiel (indexation, révision), clause de destination (activités autorisées), clause de cession et sous-location, clause résolutoire. Un bail avec 6 mois restants et un loyer 30 % en-dessous du marché est un risque majeur pour le repreneur (renégociation à la hausse quasi certaine).
- Les licences et autorisations. Licence IV pour les débits de boissons (transmissible avec le fonds mais nécessite une attestation de formation du repreneur), licence d'exploitation en terrasse, ERP (Établissement Recevant du Public) et normes d'accessibilité, licences sectorielles (auto-école, agence immobilière, taxi). Toute licence non-transmissible ou en cours de contestation impose une renégociation du prix.
- Le stock. Valorisé SÉPARÉMENT du fonds, au prix de revient ou selon inventaire contradictoire à la date de vente. Attention aux stocks obsolètes (mode, alimentaire, produits techniques) qui peuvent être valorisés au bilan mais invendables. Négocier une décote sur les stocks anciens (> 12 mois) ou en pré-DLC.
- L'emplacement et la zone de chalandise. Pour la plupart des commerces, l'emplacement EST le vrai actif — plus important que le matériel ou même la clientèle. Vérifier les projets d'urbanisme locaux (travaux de voirie qui vont couper le flux, ouverture d'une grande surface concurrente à proximité, réhabilitation de rue avec fermeture de plusieurs mois). Un emplacement en centre-ville en zone piétonne est plus valorisable qu'un emplacement équivalent en zone en déclin.
Où trouver un commerce à reprendre
Les canaux spécifiques au commerce ne sont pas exactement les mêmes que pour la reprise de PME. Trois voies principales :
- Plateformes spécialisées commerce et fonds : CessionPME (très fort sur les fonds), Fusacq, Transentreprise (opérée par les CCI, avec un fort volume de fonds régionaux), Passercommerce.
- Chambres de commerce (CCI) et Chambres de métiers (CMA) locales : elles connaissent les commerçants âgés de leur territoire et peuvent proposer des mises en relation. Beaucoup de commerces se transmettent via ce canal en amont de toute annonce publique.
- Approche directe et bouche-à-oreille : identifier un commerce dont le propriétaire semble proche de la retraite, se faire connaître comme repreneur sérieux, laisser mûrir. Beaucoup de reprises de commerce se font par ce canal, particulièrement en zone rurale ou périurbaine.
Pour le catalogue général des canaux, voir la page dédiée.
Pour les opportunités de reprise à la barre (procédures collectives, commerces inclus), voir le catalogue Olance.
Cette page présente les 3 voies de reprise de commerce en France en 2026 sur la base du Code de commerce (art. L141 s. cession de fonds, L144-1 s. location-gérance) et de la pratique du marché. Les modalités précises (droits d'enregistrement, seuils, taux de redevance) évoluent régulièrement — vérifier auprès de votre expert-comptable et de votre notaire avant tout engagement. L'accompagnement juridique est indispensable pour toute reprise de fonds de commerce (rédaction de l'acte, vérification du bail, coordination du séquestre).
Pour estimer la valeur d'un commerce cible avant de faire une offre : outil d'estimation gratuit Olance.
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