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Salarié repreneur : huit façons de financer le rachat de votre entreprise

Déblocage du PEE, parts de SCOP, FCPE de reprise, prêt d'honneur, garantie Bpifrance : d'où vient concrètement l'argent quand c'est un salarié qui rachète, et où chaque dispositif bute.

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L'équipe Olance
Rédaction Olance ·

Vous connaissez l'entreprise mieux que n'importe quel repreneur extérieur. Vous savez quels clients tiennent, quelle machine lâchera, quel commercial partira si le dirigeant s'en va. Ce que vous n'avez pas, c'est l'argent.

La plupart des contenus sur la reprise interne décrivent des montages : holding, FCPE, SCOP. Ils répondent à la question « quelle structure ». Ils ne répondent presque jamais à celle qui bloque réellement un salarié : d'où sort l'argent que vous mettez personnellement sur la table. C'est l'objet de cet article.

Nous en recensons huit sources. Ce nombre est éditorial et non légal. Contrairement aux conditions d'un article du code général des impôts, qui se comptent parce que le texte les énumère, rien n'impose ici un total : d'autres dispositifs existent, régionaux ou sectoriels, et le chiffre sert à organiser la lecture, pas à prétendre à l'exhaustivité.

Sur les montages eux-mêmes, deux articles complètent celui-ci sans le recouper : les trois voies juridiques de la transmission interne, vues du côté du cédant, et reprendre une entreprise sans apport, qui traite le sujet pour un repreneur extérieur.

Le point qui décide de tout : votre part au capital

Avant d'examiner les sources de financement, il faut poser la règle qui les conditionne presque toutes. Une reprise par un salarié se fait rarement seul : on monte une holding avec deux ou trois collègues, parfois avec un investisseur, et chacun prend une part.

Cette part détermine si vous pouvez débloquer votre épargne salariale, et c'est la raison pour laquelle beaucoup de projets butent sur un obstacle que personne n'avait anticipé. Le détail est au premier point ci-dessous, mais retenez le principe dès maintenant : un salarié minoritaire dans une holding de reprise ne débloque pas son plan d'épargne entreprise. Le même salarié qui entre dans une coopérative le débloque.

1. Le déblocage de votre épargne salariale, sous condition de contrôle

Le plan d'épargne entreprise est bloqué cinq ans. L'article R3324-22 du code du travail prévoit des cas de déblocage anticipé, et son 7° vise explicitement la reprise d'entreprise. C'est souvent la première somme mobilisable par un salarié, parce qu'elle existe déjà.

Le texte, dans sa version en vigueur depuis le 7 juillet 2024, subordonne ce déblocage à une condition :

L'affectation des sommes épargnées à la création ou reprise, par l'intéressé, ses enfants, son conjoint ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité, d'une entreprise industrielle, commerciale, artisanale ou agricole, soit à titre individuel, soit sous la forme d'une société, à condition d'en exercer effectivement le contrôle au sens de l'article R. 5141-2.

« Exercer effectivement le contrôle » n'est pas une formule vague, l'article R5141-2 la chiffre. Trois configurations l'ouvrent :

  • détenir plus de la moitié du capital, avec une part personnelle d'au moins 35 % ;
  • être dirigeant et détenir au moins un tiers du capital, dont 25 % à titre personnel, à condition qu'aucun autre associé ne détienne plus de la moitié ;
  • être plusieurs demandeurs détenant ensemble plus de la moitié du capital, à condition qu'au moins l'un soit dirigeant et que chacun détienne au moins 10 % de la part du principal associé.

Le conjoint, le partenaire de PACS, le concubin, les ascendants et les descendants sont pris en compte dans ces calculs.

Conséquence pratique, et elle est sévère : le cadre qui prend 15 % d'une holding de reprise aux côtés d'un fonds majoritaire ne remplit aucune des trois configurations. Son PEE reste bloqué, alors même qu'il finance la reprise de sa propre entreprise. La troisième configuration est en revanche celle qui sauve les reprises à plusieurs cadres, à condition de la vérifier avant de figer la répartition du capital, pas après.

Article R3324-22 du code du travail et article R5141-2.

2. Les parts de SCOP, la seule porte où le PEE s'ouvre sans contrôle

Le même 7° de l'article R3324-22 mentionne, comme cas distinct de la reprise d'entreprise, l'acquisition de parts d'une société coopérative de production. Ce cas n'est pas soumis à la condition de contrôle effectif.

L'asymétrie mérite d'être posée franchement, parce qu'elle peut décider de la forme juridique d'une reprise. Un salarié qui achète 15 % d'une holding classique ne débloque rien. Le même salarié qui souscrit des parts d'une SCOP débloque son épargne. Ce n'est pas une tolérance administrative, c'est la rédaction du texte.

La SCOP d'amorçage, créée par la loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014 relative à l'économie sociale et solidaire et codifiée à l'article 49 ter de la loi n° 78-763 du 19 juillet 1978, permet d'entrer progressivement. Les salariés détiennent la majorité des voix dès la transformation tout en restant minoritaires au capital. Les associés non coopérateurs s'engagent à céder ou à faire rembourser leurs parts pour que les coopérateurs atteignent 50 % du capital au plus tard le 31 décembre de la septième année suivant celle de la transformation.

Le décret n° 2014-1758 du 31 décembre 2014 impose que cet engagement figure dans les statuts, dont une copie est transmise à l'administration fiscale dans le mois suivant leur adoption. Ce n'est pas une formalité : c'est la condition du régime.

Décret n° 2014-1758 du 31 décembre 2014. Le fonctionnement de la SCOP comme voie de transmission est détaillé dans l'article consacré aux trois voies de la transmission interne.

3. Le FCPE de reprise, quand c'est l'épargne collective qui achète

Plutôt que de débloquer chaque PEE individuellement, l'entreprise peut créer un fonds commun de placement dédié au rachat de ses propres titres. C'est le FCPE de reprise, prévu à l'article L3332-16 du code du travail dans sa version issue de la loi Pacte, en vigueur depuis le 24 mai 2019.

Les conditions tiennent en quelques lignes, et chacune est un filtre :

  • au moins dix salariés, ou au moins 20 % des salariés si l'effectif n'excède pas cinquante personnes ;
  • les sommes sont détenues jusqu'au terme de l'opération de rachat, sans que la durée puisse être inférieure à trois ans ;
  • le fonds peut être investi jusqu'à 95 % en titres de l'entreprise, par dérogation aux règles de dispersion habituelles ;
  • l'accord avec le personnel précise l'identité des salariés impliqués, le contrôle final de l'entreprise et le terme de l'opération ;
  • le conseil de surveillance du fonds est élu par l'ensemble des salariés porteurs de parts.

Le seuil de dix salariés est ce qui écarte le FCPE de la plupart des très petites entreprises. Dans une société de huit personnes, il ne se monte pas, même si tout le monde est d'accord.

Article L3332-16 du code du travail.

4. Le prêt d'honneur, qui finance la personne et non la société

Le prêt d'honneur est accordé au repreneur à titre personnel, sans intérêt et sans garantie. Il est ensuite apporté au capital de la société de reprise, où il compte comme fonds propres. C'est sa vertu principale : il transforme une somme empruntée en apport aux yeux du banquier.

Initiative France, le premier réseau en volume, décrit son prêt d'honneur comme étant à taux zéro et sans garantie demandée, pour un montant moyen de 10 000 €. Il s'agit bien d'une moyenne constatée et non d'un plafond : les montants varient selon la plateforme locale et le projet, et d'autres réseaux pratiquent des tickets plus élevés.

La limite est d'échelle. Dix mille euros comptent pour le rachat d'un commerce, beaucoup moins pour une PME industrielle valorisée deux millions. Le prêt d'honneur est un complément d'apport, rarement l'apport.

Initiative France.

5. La garantie Bpifrance, qui couvre aussi votre prêt personnel

La Garantie Transmission Standard de Bpifrance est généralement présentée comme une garantie du prêt de la société. Elle couvre en réalité un périmètre plus large, et c'est précisément ce qui intéresse un salarié : parmi les concours garantis figurent les prêts personnels aux dirigeants pour apports de fonds propres ou achats de titres.

Autrement dit, la banque qui vous prête à titre personnel de quoi constituer votre apport peut voir ce prêt garanti. C'est souvent ce qui débloque un dossier où le salarié n'a ni épargne suffisante ni patrimoine à nantir.

  • Quotité : 60 % en garantie notifiée.
  • Durée : entre 2 et 7 ans, sauf exceptions sectorielles.
  • Pas de montant minimum ni maximum, la quotité d'intervention étant limitée pour respecter le plafond de risques.
  • Cible respectant la définition européenne de la PME, entreprise de plus de 3 ans, entreprises en difficulté exclues.

Une précision qui évite un malentendu fréquent : la garantie protège la banque, pas vous. Si le projet échoue, elle réduit la perte du prêteur, elle n'efface pas votre dette.

Garantie Transmission Standard, Bpifrance.

6. Le prêt Croissance Transmission, qui finance la holding et pas votre apport

Le prêt Croissance Transmission est le principal outil du plan Transmission de Bpifrance. Il est sans garantie sur les actifs de l'entreprise ni sur le patrimoine du dirigeant, ce qui en fait un instrument rare pour un repreneur sans fortune personnelle.

  • Montant de 50 000 € à 5 000 000 €, durée de 3 à 7 ans.
  • Différé d'amortissement en capital de 2 ans au maximum.
  • Taux fixe selon barème, frais de dossier de 0,40 % minimum du montant.
  • Retenue de garantie de 5 % du montant, restituée après remboursement complet, augmentée des intérêts produits.
  • Entreprise cible créée depuis plus de 3 ans.

Deux conditions sont moins souvent citées et pèsent pourtant sur un dossier de salarié repreneur. D'abord une assurance décès et perte totale et irréversible d'autonomie sur la tête du dirigeant, dont le coût dépend de l'âge et de l'état de santé. Ensuite un partenariat financier de 1 pour 1,5, c'est-à-dire un cofinancement bancaire à mobiliser en parallèle.

Surtout, ce prêt finance la holding, pas votre apport. Il intervient une fois que vous avez réuni des fonds propres, il ne les remplace pas. C'est la confusion la plus coûteuse en temps sur ce sujet.

Prêt Croissance Transmission, Bpifrance et notre guide détaillé du dispositif.

7. Le crédit vendeur, et ce qu'il coûte fiscalement au cédant

Le crédit vendeur consiste à payer une partie du prix de façon échelonnée. Pour un salarié repreneur, il est souvent décisif : le cédant vous connaît, il sait ce que vous valez professionnellement, et il accepte un risque qu'aucune banque ne prendrait.

Encore faut-il comprendre ce que la formule coûte à celui qui l'accorde, parce que c'est lui qu'il faut convaincre. L'impôt sur la plus-value reste dû au titre de l'année de la cession, sur la totalité du prix, y compris la part non encaissée. L'article 1681 F du code général des impôts, dans sa version en vigueur depuis le 16 février 2025, permet seulement d'en étaler le paiement, pas de décaler l'imposition.

Les conditions sont cumulatives :

  • entreprise de moins de 50 salariés, avec un total de bilan ou un chiffre d'affaires n'excédant pas 10 millions d'euros, conforme à la définition européenne de la petite entreprise ;
  • pour les sociétés, cession de la majorité du capital et perte du contrôle par le cédant après l'opération ;
  • imposition ne résultant pas d'une rectification ni d'une procédure d'imposition d'office ;
  • respect des obligations fiscales courantes et constitution de garanties auprès du comptable public ;
  • plan ne dépassant pas la durée prévue pour le paiement total du prix, et s'arrêtant au 31 décembre de la cinquième année suivant celle de la cession.

Un cédant à qui l'on présente le crédit vendeur comme un simple délai de paiement découvrira sa trésorerie amputée l'année de la vente. Mieux vaut poser le sujet soi-même.

Article 1681 F du code général des impôts.

8. Le pacte Papin, annoncé et non écrit

Le 9 septembre 2026, dans sa lettre aux entrepreneurs, le Premier ministre a annoncé un ensemble de mesures en faveur de la reprise d'entreprise par les salariés, désigné sous le nom de pacte Papin.

À ce jour, aucun texte n'est déposé. Nous ne donnons donc ni montant, ni taux, ni condition d'éligibilité : il n'y en a pas à donner. Les chiffres qui circulent sur ce dispositif proviennent de commentaires, pas d'un projet de loi.

Ce qu'il est raisonnable d'en retenir aujourd'hui : le sujet est politiquement ouvert, et un projet de reprise interne qui se décide dans les mois qui viennent a intérêt à suivre le dépôt du texte sans construire son plan de financement dessus.

Ce qui n'existe plus, et qu'on vous citera pourtant

L'article 220 nonies du code général des impôts institue un crédit d'impôt pour les sociétés constituées exclusivement pour racheter le capital d'une autre société par ses salariés. Il est toujours dans le code, dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2020, ce qui explique qu'on le trouve encore cité comme un dispositif disponible.

Mais son premier alinéa vise les rachats « réalisé[s] jusqu'au 31 décembre 2022 ». Cette échéance n'a pas été repoussée. L'article subsiste, il ne couvre plus aucune opération engagée aujourd'hui.

La nuance a son importance pratique : un article encore présent dans le code n'est pas un article encore applicable. Vérifiez toujours la date limite d'opération, pas seulement l'existence du texte.

Article 220 nonies du code général des impôts. Son historique et ses conditions sont détaillés dans l'article sur les trois voies de la transmission interne.

Dans quel ordre s'y prendre

L'ordre compte, parce que certaines décisions en ferment d'autres. Une répartition de capital signée avant d'avoir vérifié l'article R5141-2 peut coûter le déblocage du PEE de trois personnes.

  • Chiffrer votre épargne mobilisable : PEE, participation, intéressement, avant toute autre démarche.
  • Simuler la répartition du capital au regard des trois configurations de l'article R5141-2, avant de la figer.
  • Arbitrer la forme juridique : si le déblocage du PEE est déterminant et que le contrôle est hors d'atteinte, la SCOP change l'équation.
  • Compléter l'apport par le prêt d'honneur et, le cas échéant, un prêt personnel garanti par Bpifrance.
  • Négocier le crédit vendeur en ayant préparé la réponse à la question fiscale du cédant.
  • Monter le financement de la holding en dernier, prêt bancaire et prêt Croissance Transmission.

Une estimation de la valeur de l'entreprise conditionne tout le reste, puisqu'elle fixe le montant à réunir. Notre calculateur de valorisation donne un ordre de grandeur gratuitement, en quelques minutes.

À retenir

  • Le déblocage du PEE pour une reprise exige le contrôle effectif au sens de l'article R5141-2 : un salarié minoritaire ne débloque rien.
  • L'acquisition de parts de SCOP est un cas distinct, non soumis à cette condition. C'est la seule porte qui s'ouvre sans contrôle.
  • Le FCPE de reprise suppose au moins dix salariés, ou 20 % de l'effectif si celui-ci n'excède pas cinquante personnes.
  • La garantie Bpifrance couvre aussi les prêts personnels aux dirigeants destinés à l'apport, à hauteur de 60 % en garantie notifiée.
  • Le prêt Croissance Transmission finance la holding, jamais votre apport, et suppose un cofinancement bancaire de 1 pour 1,5.
  • Le crédit vendeur n'étale que le paiement de l'impôt du cédant, pas son imposition, qui reste due l'année de la cession.
  • Le pacte Papin est annoncé et non déposé : aucun chiffre ne doit entrer dans un plan de financement.
  • L'article 220 nonies figure toujours dans le code mais ne vise que les rachats réalisés jusqu'au 31 décembre 2022.

Questions fréquentes

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